L’avancée en âge des personnes en situation de polyhandicap n’est pas celui du grand âge
La Maison d’accueil spécialisée (MAS) Notre-Dame de Senonches (Eure-et-Loir), accueille majoritairement des adultes en situation de polyhandicap, pour un total de soixante places. Les équipes repèrent les signes d’avancée en âge et ses évolutions pour mieux accompagner les résidents, prévenir les risques et préserver leur qualité de vie.
Depuis l’après-Covid, la question de l’accompagnement des personnes en situation de handicap avançant en âge est devenue un combat pour faire reconnaître la spécificité de leurs besoins. L’équipe de la MAS a engagé, depuis 2022, une démarche de repérage systématique des signes liés à l’avancée en âge et d’adaptation fine de l’accompagnement.
Après la crise sanitaire, l’Agence Régionale de Santé a encouragé le transfert de personnes en situation de handicap avançant en âge vers des EHPAD, parfois désertés. Les décès, l’isolement des résidents, mais aussi les difficultés chroniques de recrutement ont fragilisé l’attractivité du secteur.
« Une personne en situation de handicap avançant en âge n’est pas une personne âgée comparable à celle accueillie en EHPAD »
Antoine KOUTOU – Directeur de la MAS
En France, l’entrée en EHPAD intervient en moyenne à 85/86 ans. À la MAS, l’âge moyen d’apparition du vieillissement est de 42 ans, un chiffre conforme aux données nationales.
Cette réalité impose de repenser l’accompagnement, de mieux repérer les signes de fragilité et d’éviter qu’ils ne soient sous-estimés ou identifiés trop tard. Les attentes d’un jeune adulte de 20 ans ne sont pas celles de la personne la plus âgée de l’établissement (75 ans). Par ailleurs, la MAS compte un professionnel pour quatre résidents, contre un pour dix/quinze en EHPAD, un ratio indispensable, selon son directeur, au regard des spécificités du polyhandicap.
« Les personnes polyhandicapées présentent des raideurs articulaires nécessitant une formation du personnel, des aides techniques et un environnement de soin calme.
Docteur Bénédicte GODARD – Gériatre au sein de la MAS
[…] Le risque de chute demande une évaluation régulière par l’ergothérapeute et la mise en
place d’ateliers de prévention et de rééducation. »
Depuis trois ans, Antoine Koutou et Bénédicte Godard expérimentent avec succès un modèle d’accompagnement fondé sur le respectc du rythme de vie.
Seize résidents vivent aujourd’hui dans un pavillon dédié aux personnes en situation de handicap avançant en âge. Le tempo y est apaisé, les levers et les couchers s’adaptent aux besoins individuels, et les repas s’étirent pour demeurer à la fois sûrs, agréables et pleinement respectueux de la personne. Les activités ont été repensées pour favoriser des moments plus calmes sans pour autant renoncer à la participation sociale.
« Cette expérimentation concluante n’aurait pas pu se concrétiser sans le soutien des familles, ni sans l’engagement des professionnels qui nous ont fait confiance en poursuivant leur accompagnement au sein de ce pavillon »
Antoine KOUTOU – Directeur de la MAS