Tribune – Pour un usage raisonné des écrans des plus jeunes
La Fédération APAJH appelle à un usage raisonné des écrans pour protéger le développement des enfants.
Les écrans font désormais partie intégrante de notre quotidien. Ils nous permettent d’apprendre, de communiquer, de nous divertir, de travailler. Ils sont devenus des outils incontournables de notre société. Plus encore, ils ouvrent tout un champ des possibles pour les personnes en situation de handicap, notamment au travers de la Communication Alternative et Améliorée (CAA).
Cependant, un fait interroge. Le temps passé devant les écrans ne cesse d’augmenter, en particulier chez les plus jeunes. Dans une étude publiée en 2023, Santé Publique France révélait qu’un enfant de 2 ans passe en moyenne 56 minutes par jour devant un écran, bien loin de la recommandation « pas d’écran avant 3 ans » de l’Organisation Mondiale de la Santé, reprise dans le rapport de 2024 publié par la Commission écrans.
Ces chiffres ne doivent pas nourrir la culpabilité des parents. Ils doivent, au contraire, nous conduire à renforcer l’information, la prévention et l’accompagnement.
Car lorsque l’usage des écrans concerne les plus jeunes, une question essentielle se pose : comment permettre aux enfants de grandir dans un environnement numérique sans compromettre leur développement ?
Un constat partagé sur le terrain
Depuis de nombreuses années, l’APAJH de l’Hérault intervient auprès d’élèves pour promouvoir une société plus inclusive et sensibiliser au handicap. Au cours de ces actions, les militants ont fait le constat d’une préoccupation croissante, notamment des équipes pédagogiques, autour de cette question. Une préoccupation portée nationalement par les militants de la Fédération APAJH.
Les études scientifiques alertent elles-aussi sur les conséquences d’un usage non maîtrisé des écrans sur le développement des plus jeunes, jusqu’à parfois rendre plus compliqué le parcours de diagnostic ; certains signes pouvant être confondus avec des manifestations des troubles du neurodéveloppement.
Les professionnels de la petite enfance, du médico-social, de la santé et de l’éducation nous alertent également. Ils observent une augmentation des retards de langage, des difficultés d’attention, des troubles des interactions sociales ou encore des perturbations du sommeil chez certains jeunes enfants fortement exposés aux écrans. Sans établir de lien unique ou systématique, ces constats rappellent que les premières années de la vie sont une période déterminante, où les interactions humaines, le jeu, le mouvement, le langage et les expériences sensorielles sont essentielles.
Nous devons collectivement prendre conscience de l’enjeu de ce qui devient une vraie question de santé publique.
Sortir d’une opposition stérile
La Fédération APAJH appelle à un usage raisonné, adapté à l’âge de l’enfant, accompagné par les adultes, et pensé comme un équilibre entre les expériences indispensables à la construction de chacun, et le monde numérique, dès la naissance.
Avant trois ans, un enfant découvre le monde en manipulant, en explorant, en observant et surtout en interagissant avec les adultes qui l’entourent. Plus tard, il apprend à communiquer, à jouer avec les autres, à développer son attention, son esprit critique et son autonomie. Aucune technologie ne peut remplacer ces expériences fondatrices, ni les rapports humains qui permettent de faire société.
Privilégier une approche pragmatique et développer la prévention
Les recommandations sont aujourd’hui connues pour que les écrans soient utilisés à bon escient : ne pas utiliser les écrans avant trois ans, accompagner progressivement les usages, limiter les durées d’exposition, préserver les repas, le sommeil et les temps familiaux partagés, dialoguer avec les enfants sur les contenus consultés et les accompagner dans leur découverte d’Internet.
Ce sont ces recommandations que porte la Fédération APAJH pour concevoir deux outils pédagogiques, expérimentés dans l’Hérault : un livret présentant les impacts des écrans sur le développement de l’enfant, les recommandations actuelles et des ressources pratiques, ainsi qu’un poster destiné à faciliter la diffusion des messages essentiels.
À l’école, pendant les temps périscolaires, à la maison… ces supports sont accessibles à tous afin d’informer et de sensibiliser le plus grand nombre à cet enjeu sociétal.